L'écrivain qui avait perdu son personnage
Par un beau matin de printemps, un rayon de soleil filtra par une légère ouverture. Il s’étira jusqu’à atteindre un visage féminin. Encore endormie: la face exposée se trouvait marquée par la fatigue. Les yeux fermés, cernés et profondément enfoncés faisaient songer à deux trous vides. Ils étaient rehaussés par deux pommettes si saillantes qu’elles paraissaient prêtes à transpercer la peau.

Gêné par le rayon de lumière une de ses paupières tressauta. Encore lourde de sommeil: elle n’ouvrit pas les yeux, mais changea de position. C’est à cet instant qu’une tornade déboula dans la pièce. La porte s’ouvrit dans un brusque claquement puis des pas précipités résonnèrent contre le parquet. Finalement, la petite tornade bondit dans le lit à côté de la femme endormie. Cette fois, Claire entrouvrit les yeux. Elle entendit, à ses côtés, Kevin: son mari grogner.

« Bonjour maman ! Claironna une voix d’enfant.

-Tobias il est trop tôt…

-Mais tu avais dit qu’on irait au zoo.

-Hum…

Peu à peu, Claire émergea. Les dernières brumes de sommeil se dispersèrent et elle se souvint.

- Oui, nous allons y aller. Va dans la cuisine: je te rejoins.

-D’accord ! »

L’enfant fila aussi vite qu’il était arrivé. Un sourire éclaira le visage de Claire puis elle se redressa dans le lit. Passant une main sur son visage elle se frotta les yeux puis remonta vers ses cheveux en les ébouriffant. Des mèches brunes, lui tombèrent sur le visage, mais elle les repoussa tout en bâillant. Elle parcourut l’espace qui l’entourait tout en restant assise sur son lit. C’était devenu une sorte de rituel tant elle voulait le graver dans son esprit. Son regard se posa d’abord sur un tableau accroché sur le mur en face du lit. Il représentait une photo d’un voyage en Grèce que son mari et elle avaient fait lors de leur cinquième anniversaire de mariage. Comme le temps passait. Avec un pincement au cœur, elle songea qu’ils ne fêteraient sans doute pas leur dixième anniversaire. À côté du cadre se trouvait une armoire double et encore à côté trônait une coiffeuse. Son mari lui avait offert quand Tobias était né. La décoration était simple et épurée, mais Claire l’appréciait ainsi.

Se tournant vers Kevin elle se pencha et par jeu lui mordilla le lobe de l’oreille. Le visage buriné de son mari sourit, mais ses yeux restèrent clos. Claire s’apprêtait à réitérer quand deux bras puissants la firent basculer sur le dos. D’un bond, Kévin fut sur elle et abattit une avalanche de baisers sur sa femme. Claire éclata de rire.

« Tu devrais me réveiller ainsi plus souvent », murmura Kévin dans le creux de son oreille.

Claire soupira d’aise et commença à bouger lascivement pour aiguillonner encore davantage son mari. Malheureusement Tobias qui trouvait le temps long choisit ce moment pour réapparaître.

« Maman ? Appela-t-il en s’arrêtant sur le pas de la porte.

Kévin prit en flagrant délit, se rejeta brusquement sur le côté puis se leva. S’approchant du petit il l’entraîna avec lui.

-Viens Tobias: on va laisser maman s’habiller. »

Claire les écouta s’éloigner. Les deux hommes de sa vie. Se levant à son tour elle se dirigea vers la salle de bain attenante à la chambre. Elle se déshabilla rapidement et se doucha. Elle ressortit quelques minutes plus tard et s’habilla. Ensuite elle ouvrit l’armoire à pharmacie. Elle contempla un instant son contenu puis résignée prit son traitement.

Enfin prête: elle descendit. Des bruits lui parvinrent de la cuisine. Cela rassurait Claire car ainsi elle savait qu’ils s’en sortiraient lorsqu’elle ne serait plus là. Chassant cette pensée de son esprit elle afficha un sourire sur son visage et pénétra dans la pièce.

« Coucou je suis là ! Lança-t-elle à la cantonade.

Tobias sortit le nez de son bol de corn flakes et lui sourit. Kévin l’attira vers lui et l’embrassa.

Le petit déjeuner se déroula dans une ambiance bon enfant. Tobias pressait ses parents tant il avait hâte de voir les éléphants et les girafes. Une demi-heure plus tard ça y était ! Tous assis dans la voiture bleue familiale; ils prirent la route du zoo prêt à passer une bonne journée ensemble. Claire légèrement étourdie espérait qu’il y en aurait d’autres, mais avec ce qui l’attendait le lendemain rien n’était certain. Elle savait déjà qu’elle ne fêterait probablement pas ses trente-huit ans. Les mains crispées sur le tissu de son jeans, Claire tentait de se contenir, mais savoir qu’il ne lui restait plus que quelques mois à vivre avait tendance à noircir la plus belle des journées. Kévin conscient de son trouble s’empara de la main de sa femme et la serra. Il était là et le serais jusqu’au bout. Il jeta un bref regard dans le rétroviseur, mais Tobias, les yeux tournés, vers la vitre ne s’était rendu compte de rien. Rassuré Kévin serra une nouvelle fois la main de Claire puis se concentra sur la route.





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